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27.05.2007
Réformes : le blocage français
Les débats de l'Obs
Réformes : le blocage français
L'éditorialiste et ancien directeur de « Die Zeit » doute de la réalité d'un vrai réveil démocratique en France au lendemain de la présidentielle
La démocratie en Europe
Les experts nous disent que la forte participation à l'élection présidentielle a montré la vitalité de la démocratie française. Il est permis d'en douter. Quand des citoyens inquiets ont si peu l'occasion d'exprimer leur inquiétude, il va de soi qu'ils se rendent aux urnes. Le président Sarkozy sera incapable de faire des réformes en profondeur s'il s'en tient à des institutions archaïques. La France n'est pas assez démocratique, c'est la raison de son blocage.
L'expérience montre que les pays dotés d'une démocratie forte sont plus aptes à se moderniser. Qui prend les citoyens au sérieux réveille leur sens de la réalité et de la responsabilité, ce qui les dispose à accepter le changement. Tel est par exemple le cas de la Scandinavie ( et je passe sur la Norvège, riche de son pétrole ). En Suède, en Finlande et au Danemark, c'est le citoyen qui compte. Avec son aval, les gouvernements de gauche et de droite ont libéralisé l'économie, flexibilisé le marché du travail, rénové les systèmes sociaux. Ils ont gagné parce que la confiance régnait. Et cette dernière s'est instaurée dès lors que chacun avait son mot à dire.
On pensera ce qu'on voudra des réformes thatchériennes et blairiennes. Mais ce n'est pas par hasard que les Britanniques, avec leur tradition démocratique, furent les premiers à adhérer au changement. Il en va de même pour les Pays-Bas, où le Parlement est particulièrement vivant ; les Néerlandais furent les pionniers des réformes en Europe continentale. Et le « miracle autrichien » - avec une croissance inédite et un chômage presque résorbé - a commencé en l'an 2000, quand sauta la « grande coalition » entre la gauche et la droite qui ankylosait le débat démocratique depuis treize ans. ![]()
En revanche, les pays où la démocratie est mal en point prennent du retard. Prenez la Belgique avec son désordre institutionnel. Prenez l'Italie de Silvio Berlusconi. Il s'arrogea les pleins pouvoirs politiques et médiatiques mais ne réalisa aucune réforme d'envergure. Prenez l'Allemagne, où, avant la refonte du fédéralisme en 2006, le Parlement élu par le peuple était contrecarré par les Etats fédéraux, ce que les pères fondateurs de la RFA n'avaient pas prévu. Prenez la France, où l'Assemblée nationale est un Parlement croupion. Nicolas Sarkozy a promis de renforcer certains pouvoirs des députés et de leur rendre visite - sans leur rendre compte - de temps à autre. C'est bien, mais c'est bien peu. Il ne pourra se contenter d'apporter de simples retouches à la V e République.
A l'automne 2005, André Glucksmann estimait que la révolte des banlieusards témoignait de leur intégration dans la société française. A défaut d'être écoutés, ils se firent entendre et se muèrent en casseurs, à l'image hier des paysans. Est-ce donc cela, la vitalité de la démocratie française ? La « rue » ne serait pas une institution française si la courroie de transmission entre les dirigeants et la société fonctionnait. La V e République éloigne la classe politique des citoyens bien plus que ne le fait la II e République allemande. Le simple fait que l'on se soit accoutumé à la notion de « classe » politique est révélateur. Les présidents de la République quels qu'ils soient font appel à la bonne volonté des citoyens, dont la volonté ne compte pas. Ces derniers se rebiffent, et l'Elysée déplore alors le « blocage » de la nation... ![]()
Sarkozy monarque ?
Quand Nicolas Sarkozy nous dit qu'il « protégera » les Français avant de gagner le yacht d'un milliardaire, c'est tout un symbole. Il ne viendrait pas à l'esprit de la chancelière Angela Merkel de se payer ( et faire payer ) ce luxe. Si elle avait le culot de suivre l'exemple de Sarkozy, elle serait contrainte à la démission. Le président de la banque centrale allemande, la Bundesbank, a dû rendre son tablier parce qu'il avait passé un week-end à l'hôtel aux frais d'un ami banquier.
La monarchie réinstaurée par le biais de la V e République gaulliste puis mitterrandiste est malsaine et anachronique. En RFA, le gouvernement a certains pouvoirs, mais il n'est pas le pouvoir : cette façon de parler n'est pas vraiment démocratique, mais terriblement française. Elle signifie que le gouvernement n'est pas au service des citoyens, bien au contraire : les citoyens sont à la botte des détenteurs du pouvoir.
Nicolas Sarkozy est désormais le pouvoir. Il a perdu la mesure avant d'entrer en fonctions, mais personne n'est à même de le sanctionner. Nombre de médias tentent - bon gré, mal gré - de désamorcer, voire d'excuser sa provocation. C'est dire que même eux renoncent d'emblée à exercer un contre-pouvoir.
L'histoire de la France allia la quête de liberté aux répressions sanguinaires pour couler le pays dans un même moule. Ceux qui dirigent le pays craignent qu'il ne s'égare un jour dans tous les sens. Sarkozy veut lui aussi « tenir » la France et les Français, au lieu de donner du lest et de les laisser faire. Il incarne l'Etat qui façonne la société, là où la société devrait imposer sa loi à l'Etat, au propre et au figuré.
Les deux visages de Ségolène
Est-ce dire que Ségolène Royal était un espoir ? Au vu de la guerre qui règne au sein du Parti socialiste, on n'est pas loin de se féliciter de sa défaite, car il serait périlleux de gouverner la France avec des troupes en telle déliquescence. Mais là n'est pas l'essentiel. La candidate socialiste incarnait la volonté de désengager l'Etat au profit de la concertation entre les partenaires sociaux. Elle voulait réinstaurer la société civile. Or elle était en pleine contradiction. D'une part, elle proposait un changement de République, d'autre part, elle garantissait le maintien des acquis issus de l'étatisme. Qu'il est malaisé d'être à la fois rénovateur et conservateur !
Qui annonce la VI e République devrait donner l'exemple et travailler en équipe. Qui veut changer le système doit être plus « participatif » qu'elle ne le fut et préparer le terrain de longue haleine. Ségolène Royal s'isola, parce qu'elle était en avance sur son temps et sur sa nation plus républicaine que démocratique. La candidate de la gauche a été au carrefour des paradoxes français : autoritaire et « à l'écoute », cavalier seul mais « sociale », innovatrice et doctrinaire. Elle n'a pas pu sortir de l'engrenage d'une V e République en retard de deux décennies, au point que « l'exception française » frise parfois l'autisme. Nicolas Sarkozy, capable de tout et de son contraire, fera-t-il l'apprentissage du pouvoir partagé, ou bien voudra-t-il régner sans partage ? Si Sarko va trop loin, Ségo reviendra.
Né en 1953 à Fribourg, Roger de Weck est éditorialiste à Berlin et président de l’Institut universitaire de Hautes Etudes internationales (HEI) à Genève. Auparavant, il a été correspondant à Paris puis directeur du grand hebdomadaire « Die Zeit » à Hambourg.
18:39 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.05.2007
Marcher à découvert
Nouveau et incontestable leader de la droite républicaine décomplexée, Nicolas Sarkozy a décidé d’appliquer sa philosophie dès le lendemain de son élection. On lui reproche les yachts de luxe, les jets privés ? « Et alors ? », sera sa réponse, balayant d’un revers de la manche les critiques, pour la plus grande de joie de ses millions d’électeurs encore sous le charme « Auriez-vous préféré un président qui fasse du camping ? ».
Fort bien, le nouveau président de la République a décidé de marcher à découvert, le front haut, même si quelques apparitions publiques récentes, en compagnie d’Angela Merkel et de Tony Blair le montrent un peu renfrogné face aux photographes. « L’homme pressé » trouverait-il futiles ces poignées de main ou est-ce la compagnie de médiatiques pairs, à la maîtrise de l’anglais, langue des leaders internationaux, bien supérieure à la sienne, qui le met mal à l’aise ?
Eh bien soit, rendons à notre nouveau César ce qui lui appartient : Sarkozy vient d’inspirer un nouveau style en politique. Et, plutôt que d’essayer à se démarquer par la recherche d’une autre voie, allons-y sans détour. Lançons à notre tour cette nouvelle gauche décomplexée dont notre pays a besoin et qui bénéficie d’ores et déjà d’un immense soutien, en particulier dans le Sud-Ouest. Que la Gascogne se lance à la conquête de la capitale !
Adieu les hésitations confuses lorsque seront abordés les thèmes qui mettent nos valeurs en porte-à-faux : nucléaire, (in)sécurité, emploi, répartition des richesses, immigration. Le fait que nous avons des valeurs difficiles à promouvoir et à mettre en œuvre dans le système économique prévalant n’est pas un obstacle mais un occasion de penser les politiques de demain, lorsque la méthode Sarkozy aura montré ses limites, ce qui arrivera dès l’été si, comme il le clame haut et fort, « il fera ce qu’il a dit ».
11:10 Publié dans Le Président | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.05.2007
Travailler plus pour gagner plus ?
Une fois les résultats annoncés, je me suis demandé pourquoi mes compatriotes avaient voté avec autant d'entrain pour Nicolas Sarkozy. Les commentaires les plus fréquents, à la sortie des urnes, mentionnaient le "travailler plus pour gagner plus".
J'ai donc saisi ma calculette (ou plus précisément mon tableur.)
Le résultat me semble tout à fait éloquent.
Le SMIC horaire est actuellement de 8,27 Euros brut de l'heure, pour un salaire brut mensuel de 1254 Euros pour 151,67 heures par mois.
Les salariés pourront (peut-être) travailler 600 heures supplémentaires par an, soit 50 par mois en moyenne, à un taux horaire (+25%) de 10,34 brut.
Le salaire mensuel sera alors de 1771 euros pour 201,67 heures, soit 8,78 euros brut de l'heure et 45 heures par semaine.
Le travailler plus permet donc de gagner 51 centimes de plus de l'heure !
Je n'hésite pas à penser que Nicolas Sarkozy a su présenter de manière très attractive des idées qui ne serviront pas nécessairement l'intérêt de tous ceux qui ont voté pour lui !
PS - Ce sont des salaires bruts. Si l'on parle des salaires nets, il est bon de noter que 50% des français ont un revenu annuel inférieur à 15'000 Euros. Ils sont tous concernés.
00:17 Publié dans Emploi/Salaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


