20.10.2007
Élections suisses
Je reconnais bien volontiers avoir eu une enfance insouciante, un peu à l’écart du monde et de ses soubresauts – un des dialogues que j’entendais souvent à la maison n’était-il pas :
- Où est Fernando ? Que fait-il ?
- Il est dans sa chambre. Il ne fait rien, il lit.
Plongé dans les délices mathématiques, je vivais sereinement en effet. Mais je n’en étais pas moins à l’écoute du monde, et bien plus turbulent que ne l’évoquent les quelques lignes ci-dessus ! Ces turbulences me conduisaient bien sûr à rencontrer les gamins de mon âge, au sens où le troisième ligne rencontre le centre adverse dans la grande épopée rugbystique… En d’autres termes, cela se frottait parfois un peu.
Et le frottement, tout comme au rugby ou dans les autres sports « de contact », n’était pas seulement physique mais également verbal. En d’autres termes, les insultes pleuvaient, tonnaient devrais-je dire.
La plus fréquente à mon égard était sans nul doute celle de « sale espagnol ! » (quoiqu’elle l’emportât de peu devant « sale communiste ») et me mettait dans des colères homériques… jusqu’à mes dix ans et un voyage, une épopée plutôt, sur les terres de Catalogne, où je m’en fus rejoindre, en avion s’il vous plaît, et non accompagné, de mystérieux cousins et de jolies cousines.
Et là, patatras ! Dans les rues de Masnou, près de Barcelone, l’insulte était bien présente, mais inversée. « Sale français ! » devint-elle. Et pierres de fuser, et coups de s’échanger… mais esprit soudain de s’éveiller.
Français en Espagne, espagnol en France, tel fut mon sort, et celui de milliers d’autres, ritals, espingouins, beurs, de première, deuxième ou de nième génération. Filles et fils de réfugiés économiques, d’émigrés politiques, ou l’inverse ! Sans papiers ou bardés de diplômes, nous connaissons tous le même sort.
Chantres de l’altérité, nous faisons face à une tout autre réalité : la peur de l’étranger.
Pourquoi ces lignes, me direz-vous ? Car aujourd’hui la Suisse vote, élit celles et ceux qui représenteront la nation dont les terres sont un peu les miennes. J’y ai posé mon bagage, construit une maison, fondé un foyer. Et quand bien même mon statut de fonctionnaire international onusien me donne aujourd’hui l’assurance d’une apparente sérénité, le « sale étranger » qui en moi ne dort jamais que d’un œil s’inquiète à suivre une campagne dans laquelle « l’autre » est devenu un moyen banal de grappiller sans vergogne quelques voix…
Et ce serait faire offense à ce statut que de laisser bafouer en silence, dans quelque pays que ce soit, les principes universels que nous défendons jour après jour.
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